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Monsieur Coton jette un nouveau coup d’œil sur ses valises et sent une pointe d’angoisse se faufiler subtilement dans l’ordre bien établi de ses pensées. Il ferme alors les yeux afin de laisser son esprit vagabonder entre la peur de partir et l’ennui de rester.
(suite)
*
Samedi…
Eva fut heureuse ce midi-là de voir arriver son client préféré. Elle l’accueillit de son plus radieux sourire. Monsieur Coton s’étonna de trouver encore sur sa table le petit écriteau « réservé ».
Était-ce possible qu’Eva-Nescencia puisse continuer de l’attendre tous les midis?
— Quelle belle surprise!
Monsieur Coton était toujours incapable de se voir miroiter dans les yeux d’Eva quand elle lui parlait. Il aimait pourtant savourer ce bref instant où l’apparition de la jeune femme se confondait avec les souvenirs qu’il gardait constamment d’elle. — Bâtir un souvenir indélébile en son esprit n’est-il pas le plus beau cadeau qu’un homme puisse s’offrir avant de quitter celle qu’il aime?
— Vous semblez en bien meilleure forme aujourd’hui Mademoiselle Eva?
— Ai-je le choix? dit-elle avec une pointe de renoncement dans la voix. Je crois qu’il y a beaucoup trop de promesses d’avenir pour s’arrêter sur le passé… J’ai donc décidé d’oublier un peu toute cette histoire de pendentif… Qui sait s’il ne me reviendra pas un jour de lui-même…
— Si vous saviez combien j’admire votre manière de penser et votre positivisme… Mon passé est assez sombre et je n’aime pas vraiment m’y arrêter et pour ce qui est de l’avenir qui vous semble si coloré, j’ai l’habitude de le voir plutôt en gris… Un accident est si vite arrivé…
— Mais vous savez Jean, bien des chefs-d’œuvre n’auraient jamais vu le jour sans accident…
Eva dégageait un tel souffle de confiance en la vie qu’il en devenait presque contagieux. Monsieur Coton savait qu’il s’apprêtait à faire la plus grande folie de toute son existence à cause et surtout pour elle, mais il savait aussi que dans les moments difficiles, Eva-Nescencia serait toujours sa source d’inspiration pour l’inciter à continuer.
Cet après-midi-là, Monsieur Coton profita de son temps libre pour aller visiter une partie du musée du Louvre. C’était la première fois qu’il osait y entrer. C’est Eva qui, en lui parlant de chefs-d’œuvre, lui avait donné l’envie d’y admirer la célèbre peinture de Chopin peinte par Eugène Delacroix.
Monsieur Coton resta ébahit devant la toile qu’il contempla longuement.
Deux génies de
En voyant cette peinture, Monsieur Coton sentit que la profonde tristesse qu’il pouvait lire sur le visage de Chopin était probablement la rançon d’un génie qui n’avait jamais cessé de tout remettre en question.
Ses propres tourments n’avaient-ils pas trouvé refuge jusque-là que dans les chiffres et le calcul? Il était maintenant temps pour lui d’apprendre à exorciser une partie de ses émotions, pensa-t-il. L’écriture allait peut-être lui permettre justement de créer un lien indissoluble entre sa sensibilité refoulée depuis toujours et la précieuse Eva-Nescencia.
Fort de cette soudaine révélation, il quitta l’endroit en remerciant encore une fois Chopin d’un léger soulève-ment de son chapeau melon.
*
(À suivre)
Vous avez certainement des gens dans votre entourage qui savourent le silence d'une virgule ou le tumulte d'un point à la fin d'une phrase. Si les mots sont les mystérieux passants de l'âme, ils ont toutefois besoin d'un regard pour exister... Si vous aimez cette histoire, vous n'avez qu'à cliquer sur ( Email to a friend) situé tout juste en bas de ce texte pour le partager et n'ésitez pas à laisser un commentaire sur le blog. J'adore vous lire!
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