Pour recevoir la suite sur votre email

Enter your Email


Preview | Powered by FeedBlitz

mercredi 30 juin 2010

Le poids des ombres (page 29 à 31)


C’est à ce moment qu’elles croisèrent un jeune homme assis seul sur un banc du parc. Il avait les yeux fermés, un livre déposé sur les genoux, un sourire accroché au visage et Cédrika ne put s’empêcher d’imaginer les rêves qui devaient bercer cet inconnu.

Elles poursuivirent leur chemin, mais la jeune femme ne put s’empêcher de se retourner subtilement vers lui une dernière fois. C’est à ce moment qu’ils échangèrent leur premier sourire.

*

(suite)


Le vieil homme marchait tranquillement dans le parc qui était situé tout près du cimetière. Il venait de visiter sa femme comme à tous les matins et avait éprouvé le besoin de venir ici. Il avait déjà aimé cet endroit à une époque où il venait souvent s’asseoir pour simplement regarder les enfants s’y amuser. N’avoir jamais eu d’enfants était probablement le plus grand manque de sa vie.

N’avoir jamais eu d’enfants avec elle...

Sa femme les adorait pourtant, mais le temps était passé avec son lot d’appréhensions que l’on repousse toujours un peu, jusqu’au jour où nos rêves ne deviennent plus qu’un bref sourire mélancolique qu’on accroche à nos lèvres pour se convaincre qu’il n’est pas trop tard et que le temps est un mode de calcul très aléatoire quand on aspire à l’éternité. Malheureusement pour eux, l’horloge biologique de sa femme s’était détraquée comme une boussole sous la force de l’aimant qui les avait un jour réunis. Leur bonheur s’était donc exprimé à travers un lot de complicité qu’ils ne furent jamais en mesure de partager.

Depuis sa mort, le vieil homme venait ici bien plus par habitude que par plaisir. Il dénigrait de plus en plus cette marmaille tapageuse que des mères insouciantes laissaient crier sauf un petit garçon plutôt spécial qui piquait régulièrement sa curiosité. Il devait avoir environ quatre ans et s’appelait Thomas. L’enfant s’amusait ce jour-là avec un ballon rouge qu’il faisait rouler sur l’herbe autant que dans les talus de fleurs qui longeait la bordure du parc, ce qui fit plaisir au vieil homme qui détestait de plus en plus l’arrogance de ces plantes colorée qui passait leur temps à renaître année après année, lui rappelant constamment le douloureux souvenir de celle qui les avait tant appréciés.

Thomas courrait presque toujours, mais il pouvait aussitôt s’arrêter devant une parcelle d’invisible qu’il était seul à avoir vu. Ce trait de caractère exaspérait souvent sa mère.

« Thomas, qu’est-ce que tu fais encore? » « Regardes où tu marches, sinon tu vas tomber! » « Thomas, va chercher ton ballon sinon quelqu’un va te le voler! »

Mais l’enfant n’était plus là et n’aurait surtout pas pu comprendre alors le phénomène de perde son ballon ni même celui de le posséder tant il semblait absorbé par son monde imaginaire. Ses yeux se portaient partout et s’attardaient de longs moments sur d’infimes détails qui auraient laissé les autres indifférents.

C’est dans un de ces élans qu’il s’approcha ce matin-là du vieil homme qu’il avait vu à plusieurs reprises et lui posa une question.

— Pourquoi tu prends jamais de photos?

Le vieil homme parut surpris d’être interpellé aussi directement. Il déposa nerveusement ses mains sur l’appareil qui trônait à son cou.

— Bein j’en prends quelques-unes…

L’enfant resta de glace et attendit sa réponse.

― Et toi, pourquoi tu me regardes comme ça?

Je ne sais pas moi pourquoi… J’en sais rien, lui dit le vieil homme qui commençait à s’énerver.

― Peut-être que ta caméra est fatiguée, lui dit alors Thomas qui ne semblait jamais cligner des yeux.

Comme s’il se parlait à lui-même, le vieil homme répondit :

— Peut-être que c’est ma mémoire qui est fatiguée…

L’enfant lui sourit, puis ses yeux prirent une très belle couleur.

― Moi, quand je serai grand, je vais être astronaute et je prendrai plein de photos du ciel…

« Thomas, vient ici! » lui dit sa mère.

Le vieil homme observa le visage de l’enfant qui s’était soudainement illuminé d’étoiles. Il fouilla dans sa poche et sortit une photographie de la lune qu’il lui offrit. Celui-ci repartit en courant avec sa photo à la main tel un petit prince ambulant retournant sur sa planète.

Lui aussi avait rêvé d’étoiles. Il en avait même visité plusieurs avec elle, mais il pesta une fois de plus contre sa vieille mémoire qui n’arrivait plus à conserver intact la beauté de tous ses souvenirs.

*

(À suivre)

* Vous avez certainement des gens dans votre entourage qui savourent le silence d'une virgule ou le tumulte d'un point à la fin d'une phrase.
Si les mots sont les mystérieux passants de l'âme, ils ont toutefois besoin d'un regard pour exister...

Si vous aimez cette histoire, vous n'avez qu'à cliquer sur *( Email to a friend) situé tout juste en bas de ce texte pour le partager et n'ésitez pas à laisser un commentaire sur le blog. J'adore vous lire!

Evanescence (page 32 à 34)


Cette phrase à elle seule valait la peine qu’il se détourne quelque peu de sa route. Le hasard de cette rencontre combiné aux paroles de la jeune femme firent en sorte que pour la première fois de sa vie, Monsieur Coton venait de décider d’écouter l’autre voix de sa conscience.


(Suite)


À 21h00, Monsieur Coton ferme sa télé. Il s’installe confortablement pour terminer son livre d’Eluard, et, clin d’oeil des dieux, reste figé, les yeux sur la page qu’il vient d’ouvrir au hasard :

« Il fallait bien qu’un visage réponde à tous les noms du monde… »

***


Dimanche…

Le début de journée de Monsieur Coton fut des plus agréables. Après avoir trouvé un vieux bouquin d’Albert Camus qu’il feuilleta rapidement, il tomba par hasard sur une autre phrase troublante, comme si elle avait été écrite expressément pour lui :

« Il y a seulement de la malchance à ne pas être aimé, il y a du malheur à ne pas aimer. »

Monsieur Coton hocha la tête pour lui-même en signe d’acquiescement. Il acheta le livre, s’arrêta chez l’épicier pour prendre une boîte de sardines et partit sur la rue Roquette en direction du cimetière du Père Lachaise où il passe tous ses dimanches après-midi.

Rendu là, il se dirigea directement vers le tombeau de Chopin pour son rendez-vous hebdomadaire avec lui.

Sur les lieux, Monsieur Coton commence toujours par faire un signe de croix devant le buste blanc du pianiste virtuose, puis, il appelle un jeune visiteur.

Habituellement, ce dernier laisse aussitôt pointer ses petites oreilles entre deux monuments funéraires et s’approche.

Chopin, nom que Monsieur Coton lui a donné, est un chat craintif qui se présente toujours au rendez-vous, surtout quand l’odeur des sardines se répand dans cette minuscule allée du cimetière. Le chat tigré aux yeux presque blancs arrive parfois accompagné d’autres chats, mais on sent que c’est lui qui règne en maître sur ce territoire. Monsieur Coton l’a adopté quelques années plus tôt lors d’une de ses nombreuses lectures à haute voix qu’il vient faire tous les dimanches au défunt musicien. En quête d’une caresse, le félin s’était subtilement faufilé entre ses pieds ce jour-là, puis l’habitude qu’avait Monsieur Coton de lui apporter des sardines les lia rapidement l’un à l’autre.

Monsieur Coton aime venir ici et lire à haute voix comme il aimerait qu’on le fasse pour lui après sa mort. C’est d’ailleurs avec cet espoir fou qu’il a déjà choisi de faire écrire sur sa pierre tombale :

« Ici repose un homme qui n’aspire plus qu’à vous tendre l’oreille... SVP, lisez pour moi! »

À 18h00, heure de la fermeture du parc, Monsieur Coton retourne chez lui afin de poursuivre son entretien littéraire avec Camus.

Il s’endort ce soir-là dans l’attente fébrile de revoir Eva-Nescencia…

***


(À suivre)

* Vous avez certainement des gens dans votre entourage qui savourent le silence d'une virgule ou le tumulte d'un point à la fin d'une phrase.
Si les mots sont les mystérieux passants de l'âme, ils ont toutefois besoin d'un regard pour exister...
Si vous aimez cette histoire, vous n'avez qu'à cliquer sur *( Email to a friend) situé tout juste en bas de ce texte pour le partager et n'ésitez pas à laisser un commentaire sur le blog. J'adore vous lire!