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mardi 19 octobre 2010

suite et fin du roman Evanescence


Un papillon venait de s’éclipser de sa vie de la même manière qu’il y était entré…


(suite et fin de Evanescence pour Émilie...)


*


Monsieur Coton a la tête appuyée contre la fenêtre de son bureau et porte son regard absent en direction du restaurant. Depuis la veille, journée où il a rendu visite aux deux Chopin, il ressent le poids d’un vide immense autour de lui. Monsieur Coton se sent incapable de mettre un point d’exclamation sur la dernière image de son long voyage et pourtant…

Il reste encore beaucoup trop de portes fermées en lui pour accepter le fait qu’on vient de lui enlever la plus précieuse des clés. Cette clé, la seule, qui pendue à son cou, l’a guidé pendant près de six mois et qui n’est désormais plus là.

Il est cependant conscient de la fragilité de son état et qu’il lui faudra absolument trouver un moyen pour ne pas régresser à l’état de chenille dans lequel il s’était toujours trouvé, mais pour l’instant seul Eva-Nescencia occupe ses pensées.

Il décide alors de surmonter sa peur et d’aller s’offrir une dernière image de cette femme avec à son cou, ce qui les a unis avec tant d’intensité pendant tout son parcours.

Monsieur Coton s’installe à son bureau, prend une feuille blanche, un crayon et se laisse porter par un grand foisonnement intérieur.


*


Lundi…

Monsieur Coton marche dans la rue avec la satisfaction d’un homme qui a trouvé ce qu’il cherchait pour immor-taliser la plus grande aventure de sa vie. Il vient tout juste de sortir de la FNACet se dirige lentement vers le « Gargantuesque. »

― Comme je suis heureuse de vous voir Jean… Vous n’étiez pas venu depuis plus d’une semaine… Vous avez beaucoup de travail?

― Bonjour Mademoiselle Eva! Le printemps est la période de pointe pour la comptabilité d’une entreprise… Disons que je ne chôme pas en ce moment, dit-il d’une voix qui cherchait à camoufler son réel désœuvrement.

Eva portait à nouveau son pendentif comme il l’espérait et il constata encore une fois que ce trésor prenait une tout autre valeur dans le cou de cette femme aux yeux étoilés.

Il ne put quitter des yeux l’objet fétiche et Eva remarqua son regard.

― Eh oui… Il est revenu aussi mystérieusement qu’il était disparu… Eva porta la main à son cou.

― Je suis heureux de vous voir enfin réunis… Il vous va si bien…

Monsieur Coton déplia rapidement son journal afin d’éviter de se compromettre en posant des questions.

Eva revint un peu plus tard avec le menu du jour qu’elle déposa devant lui et s’éclipsa aussitôt vers une autre table.

Monsieur Coton feignait de lire pour mieux observer la jeune femme, mais celle-ci, passant devant lui, lui dit d’un air narquois qu’il était beaucoup plus facile de lire un journal quand on le tenait du bon côté.

Avant qu’il ne réalise le ridicule de la situation, Eva lui envoya un clin d’œil et s’éclipsa vers la cuisine.

Quelques instants plus tard, alors que la jeune femme prenait les commandes d’une table placée près de la sienne, Monsieur Coton sorti le polaroïd qu’il venait d’acheter et tenta subtilement de prendre un cliché d’elle. Il avait préalablement fermé le flash de l’appareil puis, l’avait appuyé contre la table où il passait inaperçu.

Il prit une première photographie, puis une deuxième et une troisième...

Il ne fut satisfait du résultat qu’à son quatrième essai. Monsieur Coton avait besoin de retrouver sur la photo l’étincelle particulière qui se dégageait du sourire d’Eva-Nescencia ainsi que l’éloquence du pendentif qui flottait désormais à son cou et c’est ce qu’il venait tout juste de réussir. Peut-être avait-elle senti cette incursion dans son intimité puisqu’au moment du dernier cliché, elle avait soudainement tourné les yeux vers lui et il sut dès cet instant que ce sourire resterait gravé à jamais sur la pellicule de sa mémoire…

Monsieur Coton termina son repas rapidement puis comme à son habitude, il se leva pour quitter alors qu’Eva était occupée ailleurs. Il fouilla dans la poche de son veston d’où il sortit une lettre, y glissa subtilement la photo prise quelques instants plus tôt et déposa le tout sur sa table comme on se sépare d’un objet précieux.

Avant de quitter, Monsieur Coton se tourna une dernière fois vers Eva et à cet instant précis, leurs regards s’entremêlèrent dans la plus tacite complicité.

Un papillon venait de se laisser imprégner les ailes à tout jamais par l’image de cet ange nommé Eva-Nescencia…


*


« Vivre…

N’est-ce pas le plus beau cadeau qu’un homme peut s’offrir à lui-même?

Il m’est arrivé très peu d’éléments dans ma vie qui m’ont donné cette sensation de faire partie de l’arbre et non d’être comme une feuille morte à ses pieds se demandant ce qu’elle faisait là et surtout pourquoi elle s’y trouvait.

Il y a tout juste quelques mois, j’étais dans une situation encore pire qu’une de ces feuilles, car j’avais décidé depuis longtemps de ne plus avoir confiance en rien. Ma vie prenait son unique sens dans une répétition bien ordonné de gestes qui par leur régularité, sécurisait mon existence… Mais un jour, un ange s’est placé sur mon chemin et m’a confronté… Cette personne a lentement marqué mon esprit par sa présence et par son regard qui semblait voir au-delà de ce qui était physique en moi.

Alors pourquoi m’avoir fait découvrir « L’angoisse du roi Salomon » comme si votre seule présence n’était pas déjà suffisante ?

Et pourquoi m’avez-vous appelé Jean, comme si dès notre première rencontre, et malgré ma mauvaise humeur, vous aviez déjà deviné que vous seriez la seule ?

Je n’ai jamais eu d’amie Eva-Nescencia. Peut-être parce que je n’ai jamais rien fait pour en mériter, mais pour la première fois, j’ai eu besoin de vous comme je n’avais encore jamais eu besoin de personne et surtout pas de moi…

Romain Gary ne disait-il pas : « Il y a dans tout homme un être humain qui se cache et tôt ou tard, ça finira par sortir »… Eh bien dans mon cas, ce fut tard et ce fut à cause de vous…

Je suis profondément désolé pour votre précieux pendentif, mais encore une fois, des forces que je ne pourrais ni expliquer, ni contrôler, se sont chargées de s’imposer à moi et j’ai finalement choisi d’écouter cette voix qui à quelque part, était la vôtre...

J’ai essayé de vous faire plus que rêver, en vous offrant ce long voyage puis, un jour, je me suis levé et j’ai su que c’était maintenant terminé…

Je vous aime Eva… Je t’aime Eva-Nescencia, et je me retire en sachant que vous m’avez donné beaucoup plus que ce que vous ne pourrez jamais imaginer, car je crois profondément que les limites de l’infini sont celles où s’arrête votre regard qui s’est désormais cristallisé en moi…

Jean Coton »


*


Tout comme son médaillon, cette lettre n’allait plus jamais quitter la belle Eva-Nescencia. Elle possédait maintenant le plus précieux morceau d’un immense casse-tête qu’on lui avait envoyé de partout dans le monde. Il ne lui restait plus qu’à apprivoiser la métamorphose de Monsieur Coton en papillon, telle une douce et éternelle caresse à son esprit.



***



Dix ans plus tard, Eva, qui se trouvait chez un libraire, fut bouleversée de trouver un bouquin signé par un certain Jean Coton sur un des présentoirs. Elle prit doucement le livre dans ses mains, en caressa la couverture avant d’y lire le titre…


« Ici repose un homme qui n’aspire plus qu’à vous tendre l’oreille… »


(fin)


En espérant que Monsieur Coton ainsi qu'Eva-Nescencia aient su vous faire voyager au-delà des mots...


Benoit Clément

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